Réflexions sommaires sur la grève de septembre

Suite aux nombreux message que j’ai reçu après ma vidéo « Storm », je vous propose quelques pistes de réflexions toutes personnelles.


Soyez rassurée sur un point, tous les pilotes du monde exercent le même métier, y compris ceux d’Air France. Et fort heureusement.
Mais nous ne l’exerçons pas tous dans les mêmes conditions, vous vous en doutez. Entre les compagnies bulgares, grecques etc qui exigent à leurs pilotes de PAYER pour VOLER et les rémunérations que nous connaissons encore dans toutes les majors européennes (BRITISH LUFTHANSA et AIR FRANCE-KLM ont des contrats grandement équivalents) il y a forcement comme un léger delta.

Que cela ait un lien avec la sécurité des vols, je vous laisse en tirer vos propres conclusions.
Je vous aide. Accepteriez vous de vous faire opérer par un chirurgien qui a travaillé toute la nuit, s’est reposé 6h dans un bus pour changer d’hôpital et enfin s’occuper de votre cas ?

A vous de m’opposer, tel un fidèle et éclairé lecteur du parisien : les statistiques.

Bien que perfectibles, les statistiques sont certes des indicateurs intéressants (et malheureusement pas toujours en faveur d’Air France il faut l’admettre) mais toutes ces boites n’ont pas de passé aéronautique. J’ai personnellement une vision pessimiste de ce que ce genre de structure pourra donner à terme. Il y aurait énormément de choses à dire. En terme de sécurité des vols et de management ces « entreprises » sont à des années lumières de ce que nous avons construit (sur les cendres de nos collègues) depuis tant d’années.
Bref

Vous me demandiez quelles propositions « compétitives » nous avions formulé par le biais de notre syndicat majoritaire.
Je vais en citer une en exemple. Au coeur du conflit, alors que notre PDG ne daignait même pas se rendre aux réunions, préférant à cela les conférences de presse et les plateaux de TF1 (beaucoup plus efficaces pour négocier, in fine) ils se dit que les syndicats ont été jusqu’à proposer un contrat unique TO (transavia) pour tout le groupe. C’est à dire accepter que l’ensemble des pilotes d’AF ait les mêmes rémunérations que celles en cours à Transavia actuellement ! Vous pouvez admettre que ça remet sacrément en cause ce que nous avons pu lire dans la presse.
Il faut savoir par ailleurs, que les pilotes chez Transavia (et même easyjet tant qu’on y est !) gagnent bien leur vie. Parfois mieux que ceux d’Air France !

Contrairement donc à ce qui a habilement été distillé par Air France (et ses vecteurs, Figaro (dont Air France est le plus gros « client »), AFP, tous ces forums de pseudo experts et autre Air FRANCE killer etc…) nous nous sommes jamais battu pour de l’argent, des vacances en plus, de meilleures cassolettes…

Nous n’avions qu’une exigence simple et pas débile : que chacun des employés du groupe Air France ait les même règles de rémunération, des protections sociales identiques, une mutuelle équivalente. Ceci pour une raison encore plus simple : que nous ne soyons pas mis en concurrence au sein même de notre entreprise !
Et la deuxième quand même, pardon je suis étourdi, sortie du chapeau en réponse aux superbes idées de ce visionnaire de De Juniac : ne pas déshabiller Pierre en France pour habiller Paul au Portugal.

J’ai lu de part et d’autre dans ce brouhaha de haine anti pilote anti nanti et anti « riches » que nous n’étions de fait que de vulgaires chauffeurs d’autobus (merci pour eux au passage).
Bien que cette comparaisons ne résisterait pas à la moindre étude précautionneuse de ce que nous faisons à bord (et avant et après) je lis (entre autres) à travers cette attaque une idée sous jacente : nous ne serions que de simples exécutants sans droit de regard sur les stratégies de notre entreprise.

Et c’est précisément sur ce point que la plupart des gens font fausse route.
Contrairement à notre PDG, Profane de l’aérien parachuté chez nous depuis son cabinet ministériel, nous avons un vécu, une expertise individuelle et collective immense.
Nous sommes profondément engagés et dépendants des choix stratégiques de notre entreprise. Nous y passons une vie entière. Où sera notre patron actuel dans 5 ans ? Dans quel fauteuil confortable, devant quels salariés rétrogrades et trop payés eux aussi ?
Un commandant de bord est par définition délégataire de son entreprise le temps de sa mission. Ses décisions, parfois lourdes de conséquences, il les prend pour le bien de ses passagers et de son entreprise. Il fait des choix économiques au quotidien, se bat pour l’exploitation, la ponctualité, le confort, la sécurité. Nous avons même été recrutés pour correspondre à ce profil !
Nous demander par la suite de faire le grand écart entre notre travail de chaque instant, nos convictions, notre implication et les choix parfois notoirement scabreux (comme les bases provinces déficitaires) de nos dirigeants est forcément très délicat !
Tout comme prôner un syndicalisme de CO-gestion (Pilote-Comité de direction) et un dialogue  ! SOCIAL !, basé sur une attitude responsable, pour ensuite balayer l’ensemble d’un revers de main et s’assoir sur des accords dont l’encre n’est pas encore sèche (accords de périmètre notamment)….Le grand écart ou les petits mensonges à vous de voir.

Et je ne parle même plus de personne, à la limite De Juniac ou un autre peu importe. C’est bien la totalité des concepts managériaux sur lesquels reposent cette boite qui ne sont qu’hypocrisie.

Je commence à être un peu long et à presque faire du prosélytisme. Pardonne moi.
Je conclue en pensant à tes amis et les miens, qui prennent les compagnies que tu cites (celles du grand bac à sable et de l’Asie au sens large).
Il faut distinguer deux choses. Soit on n’a pas le choix du prestataire et l’on fait comme « on peut ».
Soit -et c’est souvent les cas- ont trie par prix du billet, on prend le moins cher et on voyage avec du sable entre les orteils, quitte à faire trois fois le tour du monde pour arriver à destination (et gagner 10 balles).
Et on est content ! C’est super, des avions neufs, des aéroports neufs, des belles hôtesses neuves aussi, jeunes et fringantes sous leur maquillage et leurs uniformes à chapeau.
Et on continue le FRANCE bashing, en clamant à qui veut l’entendre que c’est super, que le service est géééniaalll, que c’est CA l’aviation, que les les pilotes d’Air France, ces blaireaux, n’ont rien compris au monde dans lequel ils vivent.
Et à moi de leur répondre : allez y.

Allez bossez à la marge de toute considération réglementaire dans ce beau bac à sable. Continuer de cautionner, avec votre carte bleue et votre grande gueule un système qui éloigne d’autres humains de leurs familles, de leur bien être, de leurs libertés. Continuer de cautionner de jeunes hôtesse rassemblées dans des compound, que l’on envoie transpercer les méridiens d’un coté et de l’autre sans aucune considération.
Allez acheter vos parfums exotiques (mais français !)  dans ce superbe aéroport construit par des indonésiens au passeport confisqué, pieds nus, la nuit, par 48 degré. Surtout faites vous plaisir et clamez tout cela haut et fort. Vous avez 18 hôtesses rien que pour vous sur Ethiad alors qu’à Air France elles ne sont plus que 8. DIX HUIT, rien que pour vous ! Vous êtes quelqu’un de tellement important. Pourquoi cracher sur tout ce luxe, et moins cher en plus ! C’est qui le patron ?!
Mais ne pleurez pas, quand votre petit fiston chéri, après de brillantes études de pilote ou d’ingénieur, ira se prostituer dans un pays de l’Est pour bosser comme un con pour que des gens comme vous voyagent en avion pour le prix d’un ticket de bus.
C’est vrai. Moi Jérôme, nous les pilotes d’Air France n’avons rien compris au monde dans lequel nous vivons. C’est tellement magnifique, le progrès.

Et si nous nous battons, c’est que nous sommes probablement parmi les derniers à pouvoir encore le faire. Nous, les « nantis ». Mais apparement, tout le monde s’en fout. On préfère publier en Une nos supposés salaires mirobolants. C’est plus vendeur, c’est sûr.

Je me suis permis de vous tutoyer par moment, preuve que le débat n’est pas si dépassionné, mais je vous respecte profondément, pour avoir pris le temps d’essayer de décrypter intelligemment ce débat.

 

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12 Comments

  1. Halfdome
    17 novembre 2014
    Reply

    Wowwww ! :-)ça c’est du décryptage Walravien…si je peux me permettre :-)intéressant…

  2. Anne
    24 novembre 2014
    Reply

    Merci Jérome pour cette réponse très détaillée, merci d’avoir pris le temps de le faire. J’aimerais rebondir, commenter sur certains points, et poser une autre question « qui fâche » (un aspect qui m’a interpellé fut la réaction des autres catgéories de personnel), mais je ne sais pas si vous avez envie de poursuivre. Aussi avant de me lancer dans un long message, dites moi si vous le souhaitez ou non.

    • admin
      24 novembre 2014
      Reply

      Allez y, Internet est fait pour ça.maintenant concernant les autres catégories de personnel je ne pense pas être à la meilleure place pour répondre.
      Disons qu’il y a eu en interne (comme en externe d’ailleurs) un habile travail de communication…..

      • Anne
        25 novembre 2014
        Reply

        Réponse (part 1) envoyée sous FB…consultez la boîte de messagerie « autre ».

  3. 2 décembre 2014
    Reply

    … merci Jérôme pour apporter un tel éclairage de l’intérieur … moi Jérôme … ex copi AF … je te dis bravo mon frère 😉

  4. EH
    3 décembre 2014
    Reply

    Bonjour,

    Je viens de lire votre article sur lequel je suis tombé un peu par hasard. Et je dois dire qu’il me rappelle ce que mes collègues et moi-meme vivons. Le traitement que vous avez eu lors de votre mouvement est très similaire au nôtre lors de notre greve de Juin… Oui je suis un méchant-nanti-feignant-trop payé de Cheminot. Un conducteur de train. Vous résumez une situation en tous points similaire à la notre.
    Cela me frappe et je constate comme vous que dés que l’on essaie de défendre ses conditions de travail, sa vie face à cette dérégularisation galopante et bien nos sommes stigmatisés.
    Aujourd’hui nos « medias d’information » ne sont plus que des outils servant la propagande des dogmes de l’Etat, mouton de la finance…

    Je vous souhaite bon courage, nous en aurons besoin.

  5. 3 décembre 2014
    Reply

    pour en rajouter une couche… je vis la même chose que vous en tant que co-patron-fondateur de d’une pme depuis 20 ans… et j’en ai ras la casquette de me voir traité d’irresponsable par le gouvernement actuel vis à vis du cice par exemple 🙂 bref, pour être clair, je suis de votre côté, agissons ensemble 🙂 (je suis un ex pilote af, et j’ai un frère cheminot). Aux Actes Citoyens 🙂

    • Tom
      3 décembre 2014
      Reply

      Il est intéressant de vous lire. Tout d’abord, nous sommes d’accord concernant le P2F, cette pratique est tout juste scandaleuse et devrait être simplement interdite ! Au moins, nous sommes d’accord sur un point. J’aurais cependant quelques remarques, j’espère que vous prendrez le temps de les lire (et peut-être d’y répondre ?) :

      1)Concernant la motivation de la grève. Même si je suis entièrement d’accord sur ce que vous dénoncez (P2F, temps de repos faible…), l’impression globale que j’ai eu pendant la grève c’est d’être face à une corporation qui ne cherche qu’à défendre ses avantages et non l’ensemble de la profession. Qu’en est-il réellement ?
      2)Dans votre post, vous dites : « Contrairement donc à ce qui a habilement été distillé par Air France […] nous nous sommes jamais battu pour de l’argent, des vacances en plus, de meilleures cassolettes… » Hum hum hum, en êtes-vous bien sur? Je cite quelques extraits de publications, habilement distillé par VOTRE syndicat majoritaire, le SNPL :
      -Refus de loger à l’Hilton de Berlin (4*) car d’un standing inférieur au Sofitel
      -Nous avons pu les tester fin octobre et si ce qui arrive sur nos plateaux est conforme à ce qui nous a été présenté, la qualité gustative est acceptable et le grammage conforme à la PGK prestations.
      En revanche, le nombre d’éléments sur le plateau diminue (perte d’une des deux entrées) et c’est pour quoi nous avons demandé et obtenu le retour d’un encas…
      -Et la liste est longue (refus de loger sur l’hotel situé 1a l’aéroport, hotel trop loin du centre ville, non remboursement des frais AMEX pour les dépenses personnelles…)

      Malheureusement, vous vous battez contre cette image de « nantis » renvoyées par les médias mais on ne peut pas dire que la teneur des publications du SNPL aide à changer cette image…

      Au plaisir de vous lire et de pouvoir continuer le débat.

  6. Tof
    3 décembre 2014
    Reply

    Cher Jérôme, chers tous,

    Je ne rajouterai pas d’huile sur le feu, chacun voit midi à sa porte et défend son bifteck. Néanmoins, permets-moi d’apporter d’autres éléments de réflexion.

    Il est bien beau de présenter cette grève comme une volonté de préserver les droits humains dans le monde et « protéger » les pilotes du pay to fly, pratique scandaleuse nous serons tous d’accord. Cependant, que faites-vous de ces nombreux pilotes qui cherchent une place, qui attendent parfois des années avant de décrocher un job? Quand je te lis, je comprends « tous ces salauds de jeunes pilotes au chômage qui acceptent des conditions de merde sont la raison pour laquelle on essaye de tirer mes conditions vers le bas ». Autrement dit, vous vous battez pour préserver VOS droits AF acquis, certainement pas pour préserver les conditions de travail de l’ensemble de la profession.

    Car oui Jérôme, tout le monde ne rentre pas chez AF. D’ailleurs, ceux qui ont cette chance sont une petite minorité. La grande majorité suit un parcours du combattant pour exercer le métier de ses rêves. Ces gens-là, personne ne s’en occupe, personne ne parle d’eux ni ne les soutient. Et encore moins le Syndicat NATIONAL des PL, censé dans sa dénomination défendre TOUS les pilotes français.

    J’en veux pour preuve ma situation. Ancien EPL comme toi, je n’ai pas pu rentrer chez AF. Tant pis, c’est la vie. Ca ne m’a pas empêché de devenir CdB 737-800 à l’âge de 29 ans. Je ne me plains pas, j’exerce le métier de mes rêves, je gagne décemment ma vie, même si c’est de la rigolade comparé à toi. Mais que se passe-t-il le jour où j’apprends que Transavia va se développer? Sur mon avion en plus? Bingo ! Je postule. Enfin une chance de rentrer en France et de bosser pour une boite dans mon pays. TU parles ! Réponse du chef pi de Transavia : « Malheureusement, tous les postes Transavia sont réservés exclusivement à des pilotes AF. »

    Tu vois où le bât blesse? Moi, français, EPL, je suis obligé d’aller faire la p.te dans une boite à l’étranger parce que le syndicat NATIONAL des PL préfère défendre les pilotes AF, quitte à leur payer des QT et des bonus aux frais de la princesse, plutôt que de me prendre moi, qui suis déjà qualifié et prêt à démarrer.

    Alors qu’on ne vienne pas me dire que toutes vos actions visent à préserver l’emploi et les conditions des pilotes français, ou d’aider à l’abolition de l’esclavage moderne des compagnies de Chine ou du Golfe. Il s’agit bien exclusivement de défendre les pilotes AF, les autres peuvent aller crever où bon leur semble.

    Encore une fois, je ne suis ni aigri, ni jaloux. L’objet de mon post est de vous dire à tous que tant que vous, le SNPL et AF ne commencerez pas une VRAIE réflexion sur l’avenir de la profession incluant TOUS les acteurs du secteur, pilotes en activité, en recherche de poste ou expatriés, dans ce monde où la concurrence se fait rude, vous passerez malheureusement pour des gens ultra corporatistes et nombrilistes. Je ne dis pas qu’il faut que vous renonciez à tous vos avantages, loin de là, vous avez la chance d’en avoir, profitez-en. Mais ouvrez les yeux, regardez ce qui se passe autour de vous et commencez à vous poser de vraies questions quant à l’avenir de votre compagnie.

    Amicalement.

    Tof

    • admin
      4 décembre 2014
      Reply

      Merci à tous pour vos remarques. Je vois que la problématique s’étend au delà de la profession et qu’évidemment elle suscite des réactions aussi épidermiques que passionnées.
      A l’image, de la mienne j’imagine.

      A travers cet article, c’est essentiellement une « humeur » que je souhaite partager.
      Je ne suis ne suis pas syndicaliste et je ne peux prétendre parler au nom de tous les pilotes. Au sein même de notre corporation des divergences de point de vue coexistent.

      Concernant votre post Tom. Je ne sais pas quelle est votre fonction au sein de l’entreprise ou même si vous y travaillez mais cela m’aiderait à comprendre d’un point de vue plus « humain » vos remarques.
      Néanmoins je perçois une certaine amertume dans votre commentaire et je le regrette.

      Je maintien à titre personnel les remarques de mon article. Les tracts que vous évoquez ne sont pas en rapport avec la grève mais des remarques (internes) émises lors de comités d’hébergement. Que cela dégrade notre image et que cela permettent à certaines personnes de faire un amalgame, je le regrette. Mais nous savons rester réalistes et pragmatiques vis à vis de nos prétentions dans le contexte de la grève de septembre. Vous n’êtes pas obligé de me croire. Mais je le dis avec une grande sincérité et beaucoup de conviction.

      Il est bien entendu que nous défendons en premier lieu notre profession. Qui ne le ferait pas ? Nous ne sommes pas de preux chevaliers blancs.
      Par contre, de nos revendications et surtout du (des) résultat(s) qui en découleront dépendront le sort de nombreux salariés, en premier lieu ceux d’air France.
      Beaucoup d’entreprise ont observé avec un intérêt non dissimulé les « frasques » de septembre. C’est la raison pour laquelle le gouvernement est resté ferme. Ne pas donner l’impression de céder afin de ne pas créer de précédent dommageable pour les dirigeants d’entreprise.
      Vous ne faites aucune réforme sans exemplarité et vous ne pourrez jamais réclamer des efforts à une population sans le faire au « plus haut niveau » (je parle de salaires) de l’entreprise.
      C’est la raison pour laquelle les pilotes ont été les premiers à accepter les mesures d’économie du plan TRANSFORM.
      C’est en ce sens et uniquement en celui ci que notre mouvement aurait pu faire référence.

      Tof, ton surnom m’évoque quelqu’un. Sûrement nous nous connaissons. Ou pas. Peu importe ma réponse ne sera pas différente.
      Lorsque je condamne le pay to fly c’est le système en lui même. Jamais les stagiaires que j’estime être des victimes collatérales et inévitables de la perversité de ce fonctionnement.
      Je regrette mais comprends parfaitement que certains d’entre nous passent par là.
      Ceux par contre qui banalisent cette façon de faire, la qualifie de moderne, ne méritent qu’une forme d’ignorance : la plus pure.
      On ne parle pas de stage en entreprise là. Mais bel et bien de PAYER pour VOLER, dans une COMPAGNIE AÉRIENNE, en français dans le texte.

      En ce qui concerne le cas To France.
      Les débats sont vifs et très vindicatifs sur la manière de procéder. Et ceci avant même le préavis de septembre. Ce sont des notions de « périmètre ».
      Pour apporter un peu de matière à ta réflexion, au départ il ne s’agit pas d’empêcher d’autres pilotes que ceux d’af pour accéder à ces postes.
      Il s’agit au sein du même groupe, d’éviter des licenciements de pilotes sur 320 en les déclarant en sur effectif (transfert des lignes non rentables chez to) alors que dans le même temps l’on embauche des personnes chez transavia pour effectuer les lignes transférée par Air France.
      C’est en cela que le snpl crie au loup. C’ est une façon mécanique de revoir (à la baisse) implicitement et à petit feu tous les contrats moyen courrier de la maison mère.
      C’est pour cette raison que le snpl est aussi à cheval sur le fait de conserver les pilotes AF. Mais la méthode est loin d’être parfaite, je te l’accorde…. Et le sujet divise.
      Je te trouve un peu injuste en disant que personne ne s’occupe de ceux qui ne sont pas chez af. Nous avons des individus très altruistes et très impliqué pour l’emploi des autres même chez nous. Le lobbying du snpl, certes insuffisant, le lourd travail de l’APNA, de l’AGEPAC n’en sont que quelques exemples émergé, cités afin de nuancer ton jugement.
      Maintenant je suis parfaitement conscient du parcours de combattant que tu évoques. Je le vis quotidiennement au travers de personnes qui me sont proches. Et c’est en cela que je trouve révoltante la tournure que prennent les choses dans l’aérien et l’industrie en général.
      Je prend très bonne note de ton dernier paragraphe. Et même s’il correspond à l’idée que je me fais de mon modeste « engagement » je saurais me le rappeler chaque fois que nécessaire. Merci et à un de ces quatres dans un cockpit de To. C’est tout ce que je nous souhaite !

      • Tof
        4 décembre 2014
        Reply

        Rebonsoir à tous !

        Effectivement en me relisant je me rends compte que j’ai été un peu virulent. Comme toi je pense qu’il s’agissait de « l’humeur » du moment 😉 Mes excuses donc si j’ai pu paraître extrêmiste ou injuste, ce n’était pas mon intention ni ma pensée.

        Je voulais simplement ajouter que je suis parfaitement d’accord avec ton analyse sur les manquements du management, son incapacité à anticiper les grands changements (cf Spinetta qui avait clamé haut et fort que le low-cost était un phénomène de mode passager qui ne durerait pas 5 ans…) et son manque de réactivité. J’ai 2 copains de promo chez AF qui m’ont aussi ouvert les yeux sur la position des pilotes, prêts à des concessions et du changement à condition que la direction donne une ligne directrice claire, chiffrée et en partenariat avec les PNT, PNC et agents au sol, ce qui n’est pas prêt d’arriver on dirait.

        Et oui nous nous connaissons, bien que brièvement. J’ai pris ta relève à Canav en 2005 😉

        Bons vols.

        Tof

  7. Savovic
    23 janvier 2015
    Reply

    Chers amis,
    tof et Jérôme,
    Vos propos se rejoignent lorsque vous évoquez et vous battez contre les différentes hypocrisies qui enlaidissent puis dénaturent l’idée que vous avez ou désirez avoir du métier de pilote.
    Sans aller trop loin,y a t il encore un pilote dans l’avion? Et si oui a t il encore une bonne perception du monde qui l’entoure ou celui qu’il traverse à trop grande vitesse?
    Défendre ce pilote fantôme, est très difficile.
    Défendre tof, Jérôme, ou moi? Avons nous seulement la même idée de ce qu’est devenu le métier et le profil du pilote, des pilotes.
    Les pilotes n’ont plus d’idéal ni de rêves à défendre ni d’ailleurs à conquérir.
    Ce ne sont plus les chevaliers du ciel libres et incorruptibles. Survolant avec une noblesse d’âme les intérêts des uns et des autres.
    Comme dirait Montesquieu, il y les pilotes, et l’esprit des pilotes. Je crains qu’ il n’y ait plus que des pilotes, et ils sont très différents, voire très apparents, voire dénaturés.
    Alors défendons les hommes, et imaginons que la plupart d’entre nous essaieront de devenir des hommes avant d’être des pilotes…
    Car la destination ultime d’un homme comme celle du pilote est le monde adulte ( as ultima) comme le savent certains pilotes encore sensibles au monde qui les entoure.
    Bon vol, et bon courage
    Laurent.

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